Journaliste spécialisée dans l’énergie renouvelable et l’économie de demain, Nathalie Croisé a animé l’émission Green Business sur BFM Business de 2009 à 2015, elle poursuit aujourd’hui d’autres projets médias, notamment en accompagnant le développement du MENE, le Mouvement des Entreprises de la Nouvelle Economie, lancé en octobre 2015.


Quelle est selon vous l’importance ou l’urgence du développement des énergies solaires ?

Nathalie Croisé spécialiste en énergie renouvelable et Jérôme Mouterde de DualSun Le développement des énergies solaires est à mes yeux incontournable. La baisse actuelle des cours du pétrole ne doit rien y changer. Les énergies fossiles vont se raréfier, c’est un fait. Nous avons un atout : cette énergie gratuite et à volonté, il faut continuer de la valoriser afin de répondre aux objectifs de réduction des émissions de CO2. Il n’est pas question d’attendre mais de poursuivre son développement dès à présent.

Les énergies solaires bénéficient d’un atout : leur compétitivité. La baisse du coût des modules et l’augmentation du rendement des panneaux y sont pour beaucoup. C’est le cas notamment en Inde où la France est allée d’ailleurs vendre récemment le savoir-faire d’Engie et de Solaire Direct que le grand groupe vient de racheter. La Thaïlande, le Chili ou encore l’Afrique du Sud sont aussi en pointe.

En France également le solaire devient très attractif. En quelques années, l’électricité produite par les nouvelles centrales solaires construites dans le pays est passée de 200 à 87 euros/MWh. C’est un atout pour faire avancer les projets. Ils sont nécessaires car la loi sur la transition énergétique précise que la part des énergies renouvelables devra représenter 32 % de la consommation en 2030 et 40 % de la production d’électricité. Dans les faits je m’interroge tout de même car cette loi de transition énergétique a fixé un cadre mais il manque encore un vrai choc de simplification.

Par ailleurs le système des appels d’offres est critiqué et critiquable. France Territoire Solaire avait ainsi mis en avant dans une étude portant sur 2014 que de nombreux appels d’offres et de projets sont entamés et approuvés mais n’aboutissent pas. Seul le marché des grandes centrales photovoltaïques arrive à maintenir de bons taux de raccordements. J’observe donc encore un décalage entre les textes et la réalité de terrain. Un mix énergétique est nécessaire d’autant plus que la filière du nucléaire présente de sérieux signes de faiblesse. Areva cumule 5 milliards d’euros de pertes et EDF une dette de plus de 37 milliards d’euros. Au-delà des choix environnementaux, le solaire relève aussi d’une stratégie économique.

 

Dans 20 ans, quelle vision avez-vous du solaire ?

” Le solaire fournira 100 % de nos besoins énergétiques dans 20 ans “. Ce n’est pas moi qui le dis mais Ray Kurzweil, ingénieur futurologue reconnu pour ses réalisations en intelligence artificielle. L’homme est peut-être très-trop-optimiste. Je voudrais bien le suivre sur cette voie. Un seul constat : le solaire gagne du terrain. Quelques chiffres le prouvent. Depuis fin 2013, les énergies renouvelables dans leur ensemble ont dépassé les autres sources d’énergie dans la production mondiale d’électricité et représentent plus de la moitié des nouveaux moyens de production d’électricité installés en 2013 dans le monde. Et pourtant le solaire représentait encore en 2015, 1 % du mix énergétique mondial. C’est dire si sa croissance va être exponentielle. Selon la Commission européenne et l’AIE, la production d’électricité solaire photovoltaïque devrait dépasser les 1000 TWH en 2030 et les 9000 TWH en 2040. L’AIE reste tout de même plus prudente en affirmant que globalement les énergies renouvelables ne représenteront encore qu’un cinquième de la production mondiale globale d’énergie en 2035.

Je suis persuadée, comme beaucoup, que deux facteurs permettront au solaire d’atteindre des niveaux record : le développement de l’autoconsommation et la mise en place d’un marché autour du stockage d’énergie. En France l’autoconsommation est un sujet encore très “touchy”. Il a été abordé avec la loi sur la transition énergétique. Mais c’est loin d’être une réalité. La start-up Comwatt qui a mis en place une plate-forme de pilotage préfère lorgner les États-Unis pour le moment. La hausse progressive des prix de l’électricité va peut-être changer la donne. De son côté le marché du stockage de l’énergie commence à trouver un débouché. Le coût des batteries a été divisé par deux en cinq ans.

Là encore la loi doit faire évoluer les règles dans ce domaine. Le gouvernement ne s’y trompe pas. Avec l’ADEME il a lancé un appel à projets pour dynamiser la recherche dans le domaine du stockage d’énergie et de la conversion de l’électricité renouvelable. Avec ces 2 avancées, le solaire pourra donc se tailler la part du lion dans deux décennies.

 

Quelle est la première chose qui vous vient à l’esprit avec l’expression « 2-en-1 » ?

2-en-1 évoque pour moi une réponse simple et économe à une problématique. Si l’on peut proposer une solution 2-en-1, l’autre est gagnant. Et l’autre c’est le consommateur. On observe ce phénomène actuellement dans l’informatique avec des ordinateurs-tablettes ou 2-en-1 qui remportent un franc succès. Ces appareils offrent la ” puissance de traitement d’un ordinateur classique dans un format tablette ” pour reprendre les termes de GFK. Des hybrides qui font aussi leur preuve dans le secteur de l’automobile. Le succès de Toyota avec sa Prius en est une belle preuve.

Quand on parle de solaire il s’agit de coupler intelligemment photovoltaïque et thermique. C’est ce que propose DualSun. Produire de l’eau et de l’électricité sur une même surface. Je suis très fière d’ailleurs du parcours de l’entreprise qui mérite bien le Green Business Awards de la création d’entreprise obtenu au début de son aventure. Pour moi, l’avenir sera aux solutions hybrides car les enjeux environnementaux nécessitent d’être souples et ingénieux.